Ces temps ci, il y a beaucoup de bruits autour des objets connectés. Tous les jours, on découvre de nouveaux articles sur des objets connectés annoncés sur le marché ou financés sur des plateformes de “crowdfunding”. On a bien moins d’informations sur toutes les difficultés liées autour de ces projets innovants. Voici mes conclusions sur les recherches que j’ai faites à ce sujet.

Crowdfunding

Sur les différents sites de “crowdfunding” (campagne de financement participatif), on peut trouver de nombreux projets connectés, de toute taille et de toute forme. Certains des projets ont la chance d’atteindre leur but de financement pour passer à la seconde étape. Mais il n’y a pas que des “success story” autour de ces produits.

La plupart des équipes de développement derrière n’ont pas ou peu de connaissance sur les difficultés de fabrication. Là où des entreprises de type SaaS peuvent se permettre de lever peu de fond pour pouvoir fonctionner et être rapidement autonome, les objets connectés ont une autre réalité. Pour produire un objet physique, il faut pouvoir le mouler, l’injecter, l’usiner, l’assembler et j’en passe. Toutes ces étapes ont un coût. Une fois empaqueté, il faut le rendre disponible en magasin. Pour cela, il va falloir négocier fort avec des distributeurs qui vont, pour certains, grappiller encore quelques dollars sur la marge du produit.

Cela veut aussi dire que l’argent mis dans la fabrication de ces premiers produits ne sera revenu qu’une fois que ceux-ci seront vendus, donc au minimum 6 mois après, entre la conception et la distribution. Il faudra vivre d’autres choses sur cette période. Il faut donc prévoir ces différents coûts dans la campagne de financement si on espère aller jusqu’au marché.

Pour les entreprises qui arrivent jusqu’à ce stade, elles vont directement être confrontées à la concurrence qui fait rage autour de l’Internet des Choses. Elles se lancent sur un marché où certains sont déjà très bien implantés: je pense essentiellement au nombre élevé de modèle de traqueur d’activité alors que Fitbit monopolisait 53% à lui seul du marché wearable selon une étude Canalys.

Produit et service

Beaucoup d’entreprises et de startups se lancent dans l’univers des objets connectés en ayant un “produit révolutionnaire”. Seulement, aujourd’hui, cela ne suffit plus. La plupart des produits communiquant sont scindés en deux parties: le produit physique et le service numérique. Si le produit est intéressant mais le service pauvre, l’ensemble des deux tomberont rapidement dans la catégorie gadget.

De même si le produit est bien conçu mais que l’expérience utilisateur ne l’est pas, les clients ne se forceront pas à utiliser l’application associée. Du coup, si la fréquence d’utilisation n’est pas quotidienne (voire hebdomadaire), aucun intérêt d’avoir rendu l’objet connectable car le réel avantage des produits communicants et de faire de la communication direct avec ses clients.

Produit et service connecté

Pour exemple, cela a été le parti pris de Philipps qui a préféré se concentrer sur ce qu’ils savent faire, à savoir concevoir des produits physiques et les vendre. Pour les ampoules Hue, ils ont préféré laisser la partie application ouverte à une communauté de développeur. La partie service et interaction avec le client final n’a pas été, d’après moi, travaillé comme les autres entreprises d’objets pour la maison l’ont fait (Withings, Netatmo ou Holî).

Pré-commande

En faisant de la veille sur cet univers là, j’ai rapidement constaté que beaucoup d’entreprises annonces des produits phares à différentes dates clés de l’année et proposent des pré-commande pour être sûre de l’avoir en premier. Derrière ça se cache deux phénomènes: le premier est le fait de faire de la communication sur un produit qui n’est pas encore sorti. Cela permet à ses entreprises de tester le marché et de voir comment améliorer le projet avant sa fabrication; je pense ici aux fonctionnalités du produit.

Vient ensuite le phénomène de pré-commande qui est un point important pour les entreprises: c’est la possibilité de faire rentrer de l’argent en attendant la commercialisation du produit, et donc, de financer celui-ci. Cependant, beaucoup d’annonces voient leurs dates repoussés de nombreuses fois en raison de problèmes liés à la conception du produit. C’était le cas pour Withings Aura ou Netatmo June plus tôt cette année. C’est parfois délicat de justifier ces retards auprès des pré-commandes.

Conclusion

Ma conclusion est que le marché des objets connectés est un univers qui reste très fermé. Bien que beaucoup s’y lancent, très peu arrivent au bout du chemin. La réussite n’est plus dans le volume vendu, mais dans le fait d’atteindre l’étape de commercialisation. Cependant, innovation ne doit pas rimer avec gadget ou assistanat, il faut pouvoir continuer d’avancer dans l’évolution en proposant des services inédits liés avec des produits de qualité. Enfin, la promesse de vente doit être respecté tant sur le produit que sur sa livraison, surtout autour du phénomène de pré-commande et de campagne de financement. Sans cette condition, le risque est de perdre le potentiel de financement collaboratif ainsi que la confiance accordée envers les entreprises innovantes autour du phénomène de l’Internet des Choses.